Finnegans Wake in Chinese (in French)

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Finnegans Wake in Chinese (in French)

Thanks to Lauren Huret

Joyce lui-même, qui a mis 17 ans à l’écrire, assurait que son récit a un sens très précis, que tous ses éléments, pour disparates qu’ils paraissent, sont liés. «Je peux justifier chaque ligne de mon livre», a-t-il déclaré. A un critique perplexe, il a dit: «S’il n’avait aucun sens, il aurait pu être écrit rapidement, sans réflexion, sans douleur, sans érudition; mais je vous assure que [le seul chapitre I.8] m’a coûté 1200 heures de travail et une énorme dépense d’esprit.»

Du volapük, du bichlamar et du chinois

En France, la traduction de référence date de 1982. On la doit à Philippe Lavergne. Jean-Philippe Domecq, dans «Qui a peur de la littérature?», la jugeait remarquable et écrivait: «Toute bonne traduction de “Finnegans Wake” requiert plusieurs notes par page pour guider un tant soit peu le lecteur dans l’imbroglio d’ésotérisme privé, culturel et cultivé, que Joyce s’est plu à nouer, renouer, croiser et emmêler pour son plus grand et solitaire plaisir.»

C’est que le roman est avant tout un patchwork de jeux de mots, d’assemblages sonores et de concussions lexicales étranges. Dans son anglais déjà hybride, Joyce a inséré une soixantaine de langues et dialectes, dont le malais, l’albanais, le tchèque, l’hébreu, le samoan, l’amaro (un argot italien), le basque, le swahili, le finnois, le bas latin, le persan, l’ancien français, le bichlamar, le danois, l’espéranto, l’islandais, l’arménien, le sanscrit, le bulgare, le volapük… et le chinois. On raconte aussi qu’il avait engagé cinq professeurs de norvégien pour insérer des racines nordiques sophistiquées un peu partout.

On se gardera bien ici, nous qui avons lutté sur «Finnegans Wake» pendant une quinzaine de pages avant de le jeter par la fenêtre, de juger la traduction de Lavergne. Mais pour donner une idée des enjeux de l’exercice, on rappelle que dans «Ulysse gramophone», Jacques Derrida avait analysé la traduction d’une micro-phrase, située à la fin du roman. Joyce écrit: «He war», mélangeant la forme verbale anglaise «was» avec son équivalent allemand «war». Lavregne donne: «Il fut ainsi.» Mais «war» veut aussi dire «guerre», ce que Lavergne ne prend pas en compte. «Ce n’est plus la guerre!», tonne Derrida, qui propose: «Il se garde ainsi, à déclarer la guerre.» Précisons par ailleurs que «wahr», en allemand, signifie «vrai». On ne sait pas s’il existe un mot à la sonorité approchante en volapük, mais ça ne nous étonnerait pas.

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